TRIBUNE LIBRE

Passage en force.

18 Février 2015 , Rédigé par Jean Némarre Publié dans #Politique

Quand un gouvernement, qui détient pourtant la majorité absolue à l'Assemblée Nationale, n'est pas sûr que le résultat du vote d'une loi aille dans son sens, il tente de la faire passer de force.

Passage en force.

C'est l'information du jour : Manuel Valls a engagé la responsabilité du gouvernement en ayant recourt à l'article 49-3 de la constitution pour faire passer la loi Macron. Mais à quoi sert donc cet article ? Dans le cas présent, son utilisation sert à passer outre la fronde d'une partie récalcitrante de la majorité. Cela permet de mesurer réellement la fronde et de la mettre au pied du mur en l'obligeant à prendre ses responsabilités et à s'allier le cas échéant à l'opposition qui doit alors déposer une motion de censure (qui a dors et déjà été déposée par l'UMP) sous 24 heures qui, si elle est adoptée, poussera le gouvernement vers la porte de sortie.

Ne vous réjouissez pas trop vite à l'idée de voir les destructeurs de la Patrie s'en aller car ce n'est pas encore gagné. En effet, la motion de censure doit être votée à la majorité des députés et la droite est encore loin de l'obtenir. Les députés de droites représentent 234 voix si on y inclut l'UDI, à cela s'ajoutent 10 voix pour le Front de Gauche qui est contre cette loi. Ce qui nous fait donc un total de 244 voix. Le problème ? L'abstention profite au gouvernement et l'opposition a besoin de 289 voix. Inutile de compter sur les Verts et les soi-disant frondeurs, à moins d'une grosse surprise, pour rejeter la loi.

Que se passera-t-il si la motion de censure est rejetée ? Et bien la loi Macron prendre le chemin du Sénat où la droite est majoritaire, et il y a fort à parier qu'elle soit rejetée à ce moment là. Si c'est le cas, l'Assemblée Nationale pratiquera une nouvelle lecture du texte qui repassera par le vote. A moins que Manuel Valls abuse une nouvelle fois du 49-3 comme il est en droit de le faire, comme nous le confirme le journaliste politique de l'AFP chargé de Matignon, Eric Préel, dans son tweet :

Vous l'aurez compris, nous ne sommes pas encore débarrassés de la loi Macron et le chemin qu'il reste à parcourir est long. Mais le recours à cet article démontre une chose : le gouvernement n'a plus de majorité. Et ce détail n'a pas échappé à Marine Le Pen qui a demandé la dissolution de l'Assemblée Nationale. Le Front National, opposé depuis le début à la loi Macron, qu'il qualifie de "loi Bruxelles", car il y a vu un "signe que l'obéissance à l'UE est un principe supérieur à la démocratie dans cette caste au pouvoir". Mais là aussi, inutile de rêver, car pour le Parti Socialiste, dissoudre l'Assemblée reviendrait à se tirer une balle dans le pied et la gamelle est beaucoup trop bonne pour cela.

Pour finir, je trouve étonnant que cet article soit invoqué par ce gouvernement. En effet, en 2006, lorsque le gouvernement Dominique De Villepin en a fait usage pour sa loi sur l'égalité des chances, François Hollande définissait le 49-3 comme "une brutalité et un déni de démocratie". C'est fou comme le pouvoir peut si facilement vous faire changer d'avis...

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