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Wikipedia va-t-il supprimer sa page consacrée au « Grand Remplacement » ?

20 Juin 2014 , Rédigé par Jean Némarre Publié dans #Immigration

En parcourant le site Fdesouche ce matin, un article m'a sauté aux yeux. Il s'agissait d'un article concernant un débat organisé sur Wikipédia afin de savoir s'il fallait ou non supprimer la page consacrée à la théorie du "Grand Remplacement" de Renaud Camus.

Cette théorie ne faisant pas partie de la bien-pensance, nous avons décidé de faire une sauvegarde sur Tribune Libre afin que, même s'il advenait que cette page soit supprimée, il en reste une copie consultable quelque part ailleurs.

En attendant qu'une mesure soit prise, vous pouvez toujours consulter la page consacrée au "Grand Remplacement" à l'adresse suivante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Remplacement

Wikipedia va-t-il supprimer sa page consacrée au « Grand Remplacement » ?

Le Grand Remplacement est un néologisme politique introduit par l'écrivain français d’extrême droite Renaud Camus en 2010. Il désigne en premier lieu l'idée selon laquelle les populations européennes seraient remplacées par des populations d'origine maghrébine et subsaharienne, sous l'effet de l'immigration légale, illégale, et d'une croissance démographique plus importante chez ces populations. Par suite, il désigne également toutes les conséquences qui s'en suivent sur les plans politique, culturel et spirituel, c'est-à-dire le remplacement de la civilisation européenne par la civilisation des migrants.

Développement de la notion : « théorie du Grand Remplacement »

Renaud Camus introduit la notion de Grand Remplacement dans l'Abécédaire De L'In-nocence en 20101, puis la développe au travers de trois allocutions intitulées « Le Grand Remplacement », « La nocence, instrument du Grand Remplacement » et « Que peut être une pensée libre aujourd'hui ? », réunies avec un entretien accordé au Nouvel Observateur dans l'ouvrage Le Grand Remplacement en 20112,3. Il détaille encore cette « théorie du remplacement » dans Le Changement de peuple, paru en 20134,5.

Dans l'entretien accordé au Nouvel Observateur, au journaliste qui lui demande de développer l'idée du Grand Remplacement, Renaud Camus répond : « Oh, c'est très simple : vous avez un peuple et presque d'un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples. C'est la mise en application dans la réalité de ce qui chez Brecht paraissait une boutade, changer de peuple. Le Grand Remplacement, le changement de peuple, que rend seule possible la Grande Déculturation, est le phénomène le plus considérable de l'histoire de France depuis des siècles, et probablement depuis toujours3. » Outre l'insistance sur la rapidité du phénomène et son importance au regard de l'histoire de France — pays dont se préoccupe l'auteur en premier lieu —, est évoquée la notion de Grande Déculturation5,6.

Cette notion, déjà développée par Renaud Camus dans l'ouvrage du même nom : La Grande Déculturation, qu'il appelle encore « enseignement de l'oubli » ou « industrie de l'hébétude »7, apparait ici comme l'indispensable moyen du Grand Remplacement5,6. Considérant que, parmi de multiples causes, les médias et surtout l'éducation nationale sont directement impliqués dans cette entreprise de déculturation8, l'auteur explique en une phrase, souvent répétée sous une forme ou une autre dans ses interventions, pourquoi il y voit le principal moyen du Grand Remplacement : « Un peuple qui connaît ses classiques ne se laisse pas mener sans révolte dans les poubelles de l'histoire »7,9,10.

En plus de la Grande Déculturation, Renaud Camus pointe du doigt « le mensonge, le silence imposé sur ce qui survient » par « les deux pouvoirs, médiatique et politique »11. Il estime que la France est en guerre mais qu'aucun de ces deux pouvoirs ne veut le dire, cette situation lui rappelant le début de la guerre d'Algérie12. Il accuse également la classe politique dirigeante de participer activement au Grand Remplacement, usant ainsi du terme « pouvoir remplaciste » pour la désigner13,14.

Un « Prix national du Grand Remplacement » est décerné en mars 2010 par Renaud Camus à Louis Schweitzer, président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), qui, selon Camus, voit ainsi reconnue sa collaboration majeure au Grand Remplacement, tant par l'exaltation béate de la prétendue "diversité" qu'il professe, la traque forcenée qu'il anime de tout ce qu'il appelle "discrimination" […] que par la terreur juridique qu'il contribue à exercer sur les indigènes regimbant à se prosterner encore devant l'idéologie remplaciste15..

Utilisation politique

Renaud Camus est à l'initiative des deux principales utilisations directement politiques du concept de Grand Remplacement. D'abord au travers de son parti politique, le Parti de l'In-nocence, puis en 2013 par le NON au Changement de Peuple et de Civilisation, association qui comme son nom l'indique est directement fondée sur le refus du Grand Remplacement. Renaud Camus et le NON présentent une liste « antiremplaciste » aux élections européennes de 2014 dans la circonscription Sud-Ouest16, avec notamment pour programme l'« arrêt total de l'immigration extra-européenne », et en affirmant que « l'Europe doit se construire essentiellement autour des valeurs culturelles, artistiques, spirituelles et morales qui en font une grande civilisation, riche de ses racines celtes, gréco-latines, juives, chrétiennes et libre-penseuses »17.

D'autres personnalités politiques adhèrent à cette théorie ou la relaient, notamment des membres du Front National, comme Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Julien Rochedy ou Philippe Martel16. Ce dernier, ancien aide de camp d'Alain Juppé passé de lUMP au Front national en novembre 201318, considère « [qu’]il suffit d’ouvrir les yeux » pour constater le Grand Remplacement, qu’il préfère néanmoins appeler « changement de population », et refuse pour cette raison d’y voir un « marqueur d’extrême droite »19.

Charles Beigbeder, ancien secrétaire national de l'UMP, l'associe à l'inquiétude identitaire des marcheurs de La Manif pour tous, dans un entretien accordé au mensuel Causeur en août 2013 : « Cette mobilisation [contre le mariage homosexuel] est née de la prise de conscience de l'impérieuse nécessité de conserver notre identité de civilisation. […] En toile de fond, on ne peut être insensible au « grand remplacement » théorisé par Renaud Camus, qui voit la culture occidentale s'effacer au profit des « cultures d'origine » des populations allogènes »5.

Plusieurs articles, par ailleurs très critiques à l'égard des thèses de Renaud Camus, reconnaissent que la théorie du Grand Remplacement occupe une place importante dans les préoccupations de l'extrême droite et d'une partie de la droite françaises en 20145,16,20. Le Monde souligne ainsi que « les groupes identitaires l'exaltent, le Front national la reprend, la blogosphère d'extrême droite la soutient, des magazines comme Valeurs actuelles et Causeur la relaient. Elle est évoquée avec chaleur par des intellectuels ou des journalistes qui dénoncent la dissolution de l'« identité française », comme Eric Zemmour »5. Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite, considère que Jean-Marie Le Pen, en parlant du Grand Remplacement, « exprime quelque chose de central, partagé par beaucoup de militants »16. Le Nouvel Observateur considère pour sa part que le Grand Remplacement « devient le cri de ralliement de la sphère identitaire »20.

Retentissement culturel et médiatique

Au-delà de l'utilisation strictement politique de la notion de Grand Remplacement, un certain nombre de journalistes et d'intellectuels se sont fait l'écho des thèses de Renaud Camus depuis 2010. Il s'agit le plus souvent de regards très critiques, comme un article du Nouvel Observateur qui parle de la « bouillie xénophobe de Renaud Camus »21, un article du Monde (accompagné d'un entretien avec Nicolas Bancel22) qui parle du « grand boniment »5, ou encore le journaliste Aymeric Caron, qui consacre une section au Grand Remplacement dans son livre Incorrect : Pire que la gauche bobo, la droite bobards, paru en 201423.

Mais il existe également une certaine adhésion aux thèses de Renaud Camus, comme chez les journalistes Éric Zemmour et Ivan Rioufol, qui utilisent régulièrement le terme « Grand Remplacement » lors de leurs interventions médiatiques6, ou chez Dominique Venner, essayiste et historien classé à l'extrême droite qui s'est donnée la mort le 21 mai 2013 et qui fait deux fois mention au remplacement ou Grand Remplacement dans ses derniers écrits24,25.

Alain Finkielkraut cite Renaud Camus dans son livre L'identité malheureuse26, sans pour autant citer explicitement la notion de Grand Remplacement[non pertinent], et deux articles du Monde et de Rue89 font le lien entre cet ouvrage, Le Grand Remplacement et La Grande Déculturation27,28, parlant notamment de « la même obsession d'une double décadence : celle de la « Grande Déculturation » (par l'école) et celle du « Grand Remplacement » (par « l'immigration de peuplement ») »27.

Notes et références

  1. Camus 2010.
  2. Camus 2011.
  3. a et b Falcone 2011.
  4. Camus 2013.
  5. a, b, c, d, e, f et g Joignot 23 01 2014.
  6. a, b et c Le Blevennec 2014.
  7. a et b Renaud Camus, « Révoltez-vous, nom de Dieu ! » [archive], sur Boulevard Voltaire,‎ 10 septembre 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  8. Paul Villach, « Culture et démocratie seraient-elles incompatibles ? » [archive], sur AgoraVox,‎ 20 juin 2008 (consulté le 12 juin 2014).
  9. François Marcilhac, « Renaud Camus à L’AF : « J’ai une conception lazaréenne de la patrie. » » [archive], sur Action française.net,‎ 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  10. Renaud Camus, « Journal de Renaud Camus : Mardi 13 août 2013 » [archive], sur Boulevard Voltaire,‎ 14 août 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  11. Renaud Camus, « Non au Changement de Peuple et de Civilisation ! » [archive], sur Boulevard Voltaire,‎ 11 septembre 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  12. Olivier Renault, « La France est en guerre et personne ne veut le dire » [archive], sur La Voix de la Russie.ru,‎ 20 août 2012 (consulté le 12 juin 2014).
  13. Renaud Camus, « NON Journal 2013 » [archive], sur Renaud Camus.net,‎ 18 juillet 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  14. Renaud Camus, « Alain Finkielkraut fait peur au parti remplaciste au pouvoir ! » [archive], sur Boulevard Voltaire,‎ 30 octobre 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  15. Sébastien Fontenelle, Les briseurs de tabous: Intellectuels et journalistes "anticonformistes" au service de l'ordre dominant, La Découverte, 2012, 182 p.
  16. a, b, c et d AFP 2014
  17. Gaétan Supertino, « Européennes : mais qui sont ces partis ? » [archive], sur Europe 1.fr,‎ 6 mai 2014 (consulté le 19 juin 2014).
  18. Emmanuel Galiero, « Un proche d'Alain Juppé rejoint Marine Le Pen » [archive], sur Le Figaro.fr,‎ 5 novembre 2013 (consulté le 14 juin 2014).
  19. Abel Mestre, « Philippe Martel, à Front découvert » [archive], sur Le Monde.fr,‎ 20 novembre 2013 (consulté le 14 juin 2014).
  20. a et b Caviglioli 2013.
  21. Leménager 2011.
  22. Joignot 24 01 2014.
  23. Caron 2014. Le journaliste donne son point de vue sur le Grand Remplacement : « L'écrivain Renaud Camus est [...] le dépositaire d'une théorie qui agite l'extrême droite depuis un certain temps et dont les médias traditionnels commencent à se faire l'écho : le Grand Remplacement. Appeler cela une "théorie" est, d'ailleurs, faire un peu trop d'honneur à une réflexion qui se résume en deux phrases et qui tient du propos de pilier de bar aviné : […] l'Europe est envahie par des musulmans qui nous imposent leur mode de vie […] bientôt, les Européens "de souche" changeront de culture et d'identité. […] Aucune originalité dans cette prédiction qu'on entendait déjà il y a un siècle. La seule nouveauté, c'est qu'elle se pare aujourd'hui de respectabilité. Elle a donc un nom à portée historique (on dit le "Grand "Remplacement" comme on dirait la "Grande Marche", le "Grand Bond en avant" ou le "Grand Siècle") ».
    Puis il donne son point de vue sur la capacité de Renaud Camus a estimer la réalité de l'immigration et de l'islam en France : « Comment en est-il arrivé à de telles conclusions ? Quels rapports a-t-il lus ? Est-ce un sociologue ? Un démographe ? Non, Renaud Camus est un écrivain passionné d'art, dont l’œuvre essentielle consiste en la rédaction de journaux intimes. L'islam des banlieues, il ne le côtoie pas ailleurs que dans ses rêves malades, puisqu'il vit depuis vingt ans dans son cossu château de Plieux, dans le Gers ».
  24. AFP, « Le FN «respecte» le suicidé d'extrême droite de Notre-Dame » [archive], sur Libération.fr,‎ 21 mai 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  25. Dominique Venner, « La dernière lettre de Dominique Venner : les raisons d’une mort volontaire » [archive], sur Boulevard Voltaire,‎ 21 mai 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  26. Alain Finkielkraut, L'identité malheureuse, Stock,‎ 2013, 22 cm, 228 p. (ISBN 978-2-234-07336-4, notice BnF no FRBNF43687425, lire en ligne [archive]).
  27. a et b Jean Birnbaum, « Alain Finkielkraut joue avec le feu » [archive], sur Le Monde.fr,‎ 23 octobre 2013 (consulté le 12 juin 2014).
  28. Rémi Noyon, « Christine C., une histoire récupérée par l’extrême droite et Finkielkraut » [archive], sur Rue89 (Le Nouvel Observateur.com),‎ 15 octobre 2013 (consulté le 12 juin 2014).

Voir aussi

Bibliographie
Articles connexes
Liens externes

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